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Lettre ouverte aux pêcheurs de la Bruche

lettre rédigée le 07/12/2006, publiée le 24/12/2006par les Dernières Nouvelles d'Alsace . Elle a servi à créer la réserve active de Molsheim.

"Pêcheurs, n'abandonnons pas la Bruche aux râleurs !"

Notre Bruche alsacienne, qui coule du Climont (680 m d'altitude) jusqu'à Strasbourg sur 78 km, était présentée il y a 35 ans dans la revue "la Pêche et les Poissons" comme la "perle des rivières alsaciennes" ; je m'en souviens avec émotion...

J'aime profondément cette rivière à laquelle je me suis passionnément attaché depuis plus de 20 ans. J'étais déjà le porte-parole sur le perron de la Mairie de Molsheim, en mai 1989, d'une centaine de pêcheurs qui ont manifesté contre diverses pollutions et projets menaçants la rivière ; je me suis investi pendant toutes ces années au sein des instances de gestion piscicole (AAPPMA - Association de pêche et de protection des milieux aquatiques de Molsheim, Comité de Bassin de la Bruche, Fédération départementale).

Je parcours ses rives au fil des saisons, le plus souvent une canne à mouche à la main, je l'observe, examine attentivement sa flore et sa faune benthique, je discute avec tous les pêcheurs que je rencontre et le constat aujourd'hui est aussi unanime qu'alarmant : sa qualité piscicole décline à une vitesse vertigineuse, et si rien de plus n'est fait pour protéger ce milieu aquatique si précieux, il ne restera dans quelques années plus aucun poisson autochtone dans la rivière ! Bien des réponses ont pourtant été apportées aux cours des années passées aux multiples agressions dont elle fait l'objet, et je suis fier de ma participation ou de mon soutien aux nombreuses actions des ces dernières années : amélioration de la lutte contre les pollutions industrielles, mises aux normes des stations d'épuration, plans de gestion piscicole, schémas d'aménagement piscicole, réhabilitations rivulaires, pêches électriques, études cartographiques ou scalimétriques, "plans saumon", création d'écoles de pêche, politique favorisant une agriculture plus respectueuse (mise en place progressive d'une ceinture verte), etc.

Même si de nouvelles sources de pollutions, moins spectaculaires mais plus insidieuses, se cumulent pour menacer la Bruche, comme toutes les rivières alsaciennes (métaux lourds, pesticides, phosphates, hormones, diminution des insectes aquatiques, canicules répétées, pour ne citer que les plus récemment mis à jour) son "développement durable" reste largement possible, et je salue ici tous ceux qui contribuent activement à ce dernier, les responsables institutionnels et politiques n'étant pas les derniers par leur soutien financier aux solutions évoquées supra.

Par ailleurs il existe une volonté fédérale indéniable d'inciter les AAPPMA à mettre en place une "gestion piscicole patrimoniale" : pour schématiser il s'agit d'améliorer le biotope favorable aux poissons endogènes (sauvages) plutôt que de déverser des tonnes de poissons exogènes (poissons de piscicultures) ; elle est néanmoins loin d'être appliquée partout sur la Bruche, alors que c'est la norme dans les rivières qui ont retrouvées leur potentiel halieutique, en France comme à l'étranger (où le tourisme pêche représente une réalité économique !)

Au point que j'en arrive à la conclusion que ce sont aujourd'hui ceux qui devraient être les premiers défenseurs de la Bruche, ses pêcheurs, qui en sont les principaux fossoyeurs, le plus souvent par ignorance ou par lâcheté. Ce paradoxe peut paraître provocateur, mais il résulte hélas d'une triste réalité : La majorité des pêcheurs et des responsables associatifs que je rencontre au bord de l'eau partagent les mêmes réflexions de bon sens : il faudrait réduire le prélèvement des poissons sauvages devenus rares par les pêcheurs en développant les réserves actives ou parcours spécifiques (comme à Schirmeck, Muhlbach sur Bruche ou Avolsheim), en augmentant les tailles légales pour maintenir la reproduction naturelle, privilégier en cas d'immersion les poissons de souche (comme les farios "Baerembach" développés par la Fédération) arrêter de déverser des bassines de poissons de pisciculture, d'origines génétique inconnues, repris dans les jours suivants leur immersion (essentiellement par quelques "spécialistes"), interdire la pêche en cas de situation exceptionnelle comme la canicule de 2003, etc..), mais leur mise en œuvre au sein des AAPPMA serait impossible me dit-on souvent, à cause... des pêcheurs eux mêmes !

C'est ainsi que lors d'une discussion fin novembre 2006 avec deux responsables d'AAPPMA (dont je connais la bonne volonté), qui convenaient qu'il y avait urgence à agir au vu de la désertification de la Bruche par les poissons et du coup par les pêcheurs, et alors que je leur suggérais de prendre leurs responsabilités en améliorant la protection du milieu aquatique par la mise en place d'une "réserve active" entre deux ponts, soit un linéaire de 800m sur les 5 km gérés par l'association, mesure peu contraignante donc, où l'augmentation du nombre de géniteurs favorable à la rivière serait assurée par le prélèvement d' 1 salmonidé maximum par jour d'une taille minimale de 40 cm, je m'entendis répondre que c'était là chose impossible, ..à cause des râleurs !

Cela me remis en mémoire les nombreuses assemblées générales auxquelles j'ai participé pendant toutes ces années et où, sur 100 pêcheurs présents se trouvaient en moyenne 20 membres actifs, hommes de bonne volonté, 70 pêcheurs occasionnels formant une "majorité silencieuse" et 10 râleurs, parmi lesquels ceux qui ont d'anciens contentieux personnels à régler avec le bureau, ceux qui boivent plus que de raison, ceux qui " ont la plus grande g... " (mais pas toujours le plus grand nombre de neurones) et tant d'autres individualités "historiques", dont des viandards notoires, qui n'ont souvent que le "bon vieux temps" à la bouche...

Alors, au moment où les AG se préparent dans nos associations, je dis qu'il est temps pour les pêcheurs, dignes de ce nom, les hommes et les femmes responsables et soucieux de l'avenir et de celui de leurs enfants, désireux de garder à leur sport ses lettres de noblesse, de s'opposer à ces sempiternels râleurs, qui refusent toutes contraintes et toute adaptation à l'urgence actuelle.

J'invite les dirigeants a accentuer dans leur règlements internes (et j'ai entendu plusieurs fois le président de la Fédération les assurer de leur soutien, par des arrêtés préfectoraux si nécessaire) les mesures permettant de préserver les derniers géniteurs (maille de la truite à 30 cm, de l'ombre à 35 cm, limitation du nombre de prises à 2 maximum par jour, développement des parcours en réserve active, interdiction de pêche lors des épisodes de canicule - il y a des plans canicule pour les personnes âgées, pour les agriculteurs, les usagers de l'eau en général, mais des pêcheurs peu scrupuleux (sont-ils seulement dignes de ce nom ?), et dont on m'a assuré qu'il s'agissait essentiellement de plusieurs de ces râleurs, peuvent en toute légalité "vider" les dernières flaques d'eau de la Bruche des quelques rescapés, poissons sauvages y ayant trouvé refuge !

J'invite la "majorité silencieuse" à se rendre aux AG, y soutenir les dirigeants de bon sens, à écouter leur conscience, à mettre en œuvre une éthique de responsabilité, pour inscrire à l'ordre du jour, voter, appliquer et faire appliquer ces décisions devenues urgentes...

J'invite pour finir les râleurs sympathiques (nous en connaissons tous) à ouvrir leurs yeux pour mieux voir la réalité de la rivière, tendre leurs oreilles pour écouter les autres, et prendre conscience de l'effet désastreux de leurs palinodies irresponsables.

Quant aux autres, les râleurs qui sont avant tout, au sens de la morale, de vrais braconniers, oeuvrant malicieusement à se parer de la légalité de règlements passéistes, les irréductibles tricheurs..., qu'ils sachent qu'ils seront poursuivis chaque fois que possible et qu'en tout état de cause leur conscience leur rappellera le moment venu leur responsabilité si la Bruche vient à voir mourir ses dernières truites, ses derniers ombres et peut être même un jour ses derniers chevesnes !

Il est encore temps de sauver la Bruche, ses poissons, leur pêche et ses pêcheurs d'un désastre annoncé !